1. Argumentaire
« Bâtir le Corridor des Peuples : Financer le Savoir, c’est Sécuriser l’Avenir ».
Le corridor de Lobito n’est pas une idée nouvelle. Bien avant l’époque coloniale, la région était parcourue par des routes caravanières reliant l’intérieur des terres aux côtes atlantiques. Ces itinéraires, empruntés notamment par les peuples de la région, reliaient les royaumes de l’actuel Katanga, de la Zambie et de l’Angola aux marchés d’échange et aux ports fluviaux ou côtiers. Ils constituaient l’ossature d’un système commercial et politique. Ces routes servaient à acheminer aussi bien des marchandises précieuses (ivoire, cuivre, sel, etc.) que des esclaves alimentant la traite négrière. La maîtrise de ces axes renforçait le pouvoir des royaumes locaux, dont les élites tiraient profit de ces échanges [1-4].
Durant la colonisation, les puissances européennes ont prolongé ces routes séculaires en construisant des infrastructures de transport pour relier l’intérieur au littoral. L’exemple emblématique est le chemin de fer de Benguela, construit de 1902 à 1931 par les Portugais avec des capitaux britanniques, pour relier le Katanga (Congo belge) et la Rhodésie du Nord au port de Lobito [5-7]
Aujourd’hui, l’initiative de revitalisation du corridor de Lobito s’inscrit dans cette continuité historique. Elle l’actualise à l’ère de la mondialisation pour reconnecter la région aux réseaux commerciaux mondiaux et relever les défis du développement. Le projet moderne du corridor prolonge donc un héritage séculaire en l’adaptant aux enjeux du XXIe siècle.
Cette perspective historique serait incomplète et d’intérêt limité si elle n’inscrivait pas ce projet dans la continuité de grandes initiatives de construction et exploitation des corridors de développement dont les conditions de succès, les défis rencontrés et les enseignements tirés s’avèrent utiles pour la planification, la mise en œuvre et l’évaluation du corridor de Sakania- Lobito. Sans les énumérer toutes, rappelons ; le corridor de la Ruhr en Allemagne (XIXe–XXe siècles), le Corridor ferroviaire, minier et agricole entre le Brésil, le Chili et l’Argentine (19es), l’Industrial Corridor Est asiatique entre le Japon et la Corée du sud (1961-1980), le Golden quadrilatéral en Inde (2001-2010).
L’analyse attentive et critique de ces initiatives montre que leurs succès sont tributaires de leurs niveaux de coordination institutionnelle au plan de la gouvernance, de leur durabilité économique et financière au niveau de la planification, des défis sociaux et environnementaux, de la participation des communautés et surtout de l’intégration scientifique et technique [8-10].
Sur ce dernier point, la non-intégration des universités ,centres de recherche et de formation dans les projets de ce type peut déboucher sur des conséquences négatives multiples dont le faible développement du capital humain local, une moindre inclusion et appropriation locale, une réduction de la compétitivité scientifique et technologique, une faible capacité d’évaluation des impacts du projet , et au plan politique une perte de confiance et de crédit dans la gouvernance et les institutions des Etats ainsi que des coûts et surcoûts économiques et sociaux énormes [11-14].
Alors que le projet du Corridor de Sakania-Lobito entre dans sa phase de mise en œuvre, une observation attentive des dynamiques en cours montre une concentration des efforts sur la mobilisation des financements et l’intégration du corridor dans d’autres projets nationaux d’une part, et d’autre part une
Faible appropriation de ce projet par les communautés locales et les milieux académiques.
2. Objectifs
A terme, l’atelier vise à créer un espace régional de réflexion stratégique et opérationnelle afin de positionner le corridor de Lobito comme un corridor de développement fondé sur le savoir, les compétences, l’innovation et la coopération régionale avec un rôle central dédié aux universités, centres de recherche et la société civile ainsi que les autres parties prenantes intéressées.
Il s’agit en effet de :
- Favoriser l’appropriation du projet du corridor et de ses activités par les populations riveraines, les milieux académiques, la société civile et les autres parties prenantes ;
- Créer et renforcer les synergies transfrontalières entre universités, centres de recherche et organisations citoyennes dans la mise en œuvre du projet ;
- Garantir que le corridor ne devienne pas une simple voie d’évacuation des ressources, mais un espace de développement fondé sur le savoir, les compétences, l’innovation et la coopération.
3. Axes de réflexion
Le contexte ainsi que la vision définie ci-haut permettent d’articuler quelques questions devant faire l’objet des discussions au cours de cet Atelier. Elles peuvent être formulées de manière générale et spécifique comme suit :
De manière générale, quels rôles stratégiques et opérationnels les universités, centres de recherche et sociétés civiles doivent-ils jouer dans le développement du corridor ?
De manière spécifique :
- Quels sont les besoins de formation aux métiers et professions liés aux activités du corridor, quelles sont les offres existantes et quels seraient les déficits à combler ?
- Quel est l’état de la recherche scientifique et spécialement de la recherche appliquée ainsi que les domaines nouveaux dans les pays du champ du corridor ?
- Quel est le niveau de la coopération inter universitaire entre les pays concernés, quels en sont les déterminants et les mécanismes de renforcement en prenant en compte les besoins de développement du corridor ?
- Comment intégrer les cultures, les savoirs locaux et l’histoire précoloniale du corridor dans les réponses aux préoccupations contemporaines liées aux activités du corridor ?
- Enfin, quels mécanismes, institution ou structure faudrait-il mettre en place pour assurer le suivi de recommandations de l’Atelier et Bâtir le corridor des peuples ?
L’articulation de ces questions aux buts poursuivis permettent de formuler les objectifs poursuivis. Il s’agit aux termes de l’exercice de :
- Créer des synergies transfrontalières entre universités, centres de recherche et acteurs civiques pour la recherche, la formation et l’innovation dans le corridor.
- Définir un modèle de gouvernance inclusif associant universités, centres de recherche et société civile (ONG, entrepreneurs, communautés riveraines), notamment pour la production de données, l’alerte précoce et l’interface avec les populations.
- Cartographier les besoins en compétences et définir des priorités de formation, avec une attention particulière à la logistique, aux chaînes d’approvisionnement, à la maintenance et aux métiers du numérique.
- Promouvoir la coexistence pacifique et la stabilité régionale, en anticipant et en atténuant les risques sociaux, environnementaux et sécuritaires liés au corridor.
Enfin, en ce qui concerne les axes de réflexion, il est prévu que les travaux s’articulent notamment autour des thématiques suivantes :
- Histoire et savoirs : cultures, valorisation des connaissances locales, mémoire identitaire du corridor, production de connaissances transfrontalières, systèmes de données et observatoires territoriaux.
- Capital humain et employabilité : professionnalisation des métiers, mobilité académique, requalification et insertion des jeunes.
- Gouvernance et société : politiques fondées sur des évidences, inclusion des femmes et des jeunes, cohésion sociale et culture de paix.
- Synergies locales : engagement des entrepreneurs, agriculteurs, coopératives et PME dans les chaînes de valeur du corridor.
- Recherche et innovation : optimisation logistique, innovation sociale, transition vers l’après-mines et durabilité.
- Structures de coopération interuniversitaire dans le développement du corridor
Les abstracts sont à envoyer à corridorlobito@unilu.ac.cd
4. Cible
L’atelier mettra l’accent sur un noyau universitaire fort, tout en intégrant de manière structurée les acteurs de la société civile. Les participants attendus comprennent :
- Représentants des universités et centres de recherche situés le long du corridor (RDC, Zambie, Angola).
- Organisations de la société civile (développement communautaire, environnement, gouvernance, jeunesse, femmes).
- Chercheurs de la diaspora africaine impliqués dans les enjeux de développement régional.
- Observateurs institutionnels, à titre consultatif (organisations régionales, partenaires techniques).
5. Format et Méthodologie
L’Atelier sera organisé à Lubumbashi, du 4 au 6 novembre 2026.
Il sera précédé par une phase préparatoire visant à obtenir l’adhésion institutionnelle et la participation effective des universités, centres de recherche de trois pays.
Sur le plan méthodologique les travaux se dérouleront sous les formats suivants :
- Sessions plénières de cadrage stratégique.
- Groupes de travail thématiques mixtes (universités – société civile).
- Ateliers participatifs orientés solutions et feuille de route.
- Séances de synthèse et convergence (adoption de livrables et désignation d’un comité préparatoire).
L’interprétation en plusieurs langues (français, portugais, anglais) et la valorisation des langues locales, seront assurées afin d’élargir l’inclusion des acteurs de terrain.
6. Calendrier
- 15 juin 2026 : Ouverture de l’appel
- 20 aout 2026 : Clôture de l’appel
- 21-25 aout 2026: Notifications et diverses dispositions (démarches, voyages, logement, communications, etc.)
- 4 Novembre 2026 : Ouverture officielle et débuts des ateliers
- 5 Novembre 2026 : Poursuite partielle des travaux et déplacements pour les visites de terrain
- 6 Novembre 2026 : Clôture officielle
Les abstracts sont à envoyer à corridorlobito@unilu.ac.cd
7. Références
- Vansina, Jan (1962). Long-Distance Trade-Routes in Central Africa. The Journal of African
History, 3(3) : 375-390
- Gray, R., & Birmingham, D. (1970). Pre-colonial African trade : Essays on trade in Central and Eastern Africa before 1900.
- Chirikure, S. (2017). Documenting precolonial trade in Africa. In Oxford Research Encyclopedia of African History
- Dias, J. R. (1986). Changing patterns of power in the Luanda hinterland: the impact of trade and colonisation on the Mbundu ca. 1845–1920. Paideuma, 285-318.
- Hance, W. A., & Van Dongen, I. S. (1956). The port of Lobito and the Benguela railway. Geographical Review, 46(4), 460-487.
- Griffiths, I. L. (1997). African land and access corridors. Geopolitics, 2(1), 69-81.
- Duarte, A., & Santos, R. (2023). The rehabilitation of the Benguela Railway and the reactivation of the Lobito Corridor. In Africa’s Railway Renaissance (pp. 222-240). Routledge.
- Berger, S. (2019). Industrial heritage and the ambiguities of nostalgia for an industrial past in the Ruhr Valley, Germany. Labor, 16(1), 37-64.
- Bulmer-Thomas, V. (2003). The economic history of Latin America since independence. Cambridge University Press
- Rodrik, D. (1994). King kong meets godzilla: the World Bank and the East Asian Miracle (No. 944). CEPR Discussion Papers.
- Charles, D. (2006). Universities as key knowledge infrastructures in regional innovation systems. Innovation : the European journal of social science research, 19(1), 117-130.
- Peter, C., Andrea, C., & Pavel, K. (2023). The role of universities as the institutional drivers of innovation at the regional level. Terra Economicus, 21(1), 94-107.
- Girma, M., & Mulatu, Z. (2025). Evaluating corridor development initiatives and their effects in Addis Ababa, Ethiopia. Urban, Planning and Transport Research, 13(1), 2473995.
- Enns, C. (2018). Mobilizing research on Africa’s development corridors. Geoforum, 88, 105-108.